Mercredi 20 mai 2026 : « Les fouilles archéologiques du quartier Saint-Gervais, à Avranches (50), trois fenêtres sur 2000 ans d’évolution urbaine » conférence de LAURENT PAEZ-REZENDE
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La Société d’histoire et d’archéologie de la Manche
vous invite à une conférence
Mercredi 20 mai 2026 à 18h00 Maison des services publics de Valognes,
22 Rue de Poterie, 50700 Valognes :
conférence de Laurent Paez-Rezende,
« Les fouilles archéologiques du quartier Saint-Gervais,
à Avranches (50),
trois fenêtres sur 2000 ans d’évolution urbaine ».

Au cours de l’hiver 2023-2024 et pendant près de six mois, une équipe d’une dizaine d’archéologues de l’Inrap est intervenue dans le secteur du quartier Saint-Gervais à Avranches. Les fouilles préventives, menées sur environ 5300 m², sont venues enrichir les connaissances acquises depuis le XIXe siècle et ce, en dépit des contraintes imposées par la nature de l’aménagement, ne permettant pas une investigation en profondeur et complète des vestiges de la cité romaine de Legedia.
De l’Antiquité à la période contemporaine, l’ensemble des vestiges étudiés illustre plusieurs pans de l’évolution de l’urbanisme dans le cœur historique d’Avranches. Si la ville romaine, parée de thermes, d’un forum et de nombreuse domus, semble prospère durant les trois premiers siècles de son existence, les données concordent pour attester que la ville entre dans une profonde mutation dans le courant du IIIe siècle. Ainsi, assiste-t-on, dès le Bas-Empire et durant la première moitié du Moyen Âge, à l’effacement complet de la plupart des édifices du Haut-Empire. Si ce secteur de la ville cesse d’être occupé au IVe siècle, il reste néanmoins fréquenté, ne serait-ce que dans le cadre des activités de démantèlement du bâti romain et de recyclage des matériaux. La ville ne subit par un abandon total à l’image d’Alauna/Valognes mais déplace son centre de gravité sur le promontoire dominant l’embouchure de la Sée et la baie, aujourd’hui du Mont-Saint-Michel, où serait érigé le castrum de la Préfecture militaire de la garnison dalmate mentionnée par la Notitia Dignitatum. Sur le quartier Saint-Gervais, la situation archéologique contraste avec les données historiques présumant de la fondation d’un premier lieu de culte dédié à saint Gervais et saint Protais sous l’égide de l’évêque Victrice de Rouen à la fin du IVe siècle ou au tout début du Ve siècle. En effet, pour cette période précise et jusqu’à la fin du XIVe siècle, début du XVe siècle, aucune trace d’habitat n’y est observée. Les terrains voient, dans ce laps de temps très long, se développer des accumulations sédimentaires sombres, improprement associées au phénomène des terres noires des centres urbains anciens. Les lieux semblent donc dédiés à des activités agraires et seule la mise en place des premières sépultures à compter des VIIIe-IXe siècles justifierait la présence d’un habitat dépendant ou bien rattaché à l’église Saint-Gervais.
Il faut ensuite attendre le début de l’Époque moderne (fin XVe-début XVIe siècle) pour qu’une urbanisation s’amorce à nouveau et ne cesse ensuite de s’étoffer progressivement jusqu’au début du XIXe siècle. Les deux siècles menant jusqu’à nous ont connu également leur lot de changements et requalifications urbaines.

Laurent Paez-Rezende, ingénieur chargé de recherches à l’Inrap, est responsable de recherches archéologiques.
Spécialisé sur l’Antiquité (Ier s. av. J.-C. - Ve s. apr.J.-C.), ses principaux sujets d’études sont les agglomérations et les artisanats, les voies et l’organisation des territoires, les sanctuaires et les lieux de culte. Il a notamment mené des diagnostics et des fouilles préventives dans les villes anciennes de Portbail (entre 2011 et 2018), Cherbourg (2019 et 2022) et Avranches (2019, 2021 et 2023-2024).
Auteur d’une cinquantaine d’articles ou publications, il est désormais rattaché, depuis fin 2025, au laboratoire AOROC- Archéologie & Philologie d’Orient et d’Occident, UMR 8546 CNRS-Université PSL (ENS-EPHE).




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